La grande histoire du Porto | Les Nouveaux Cavistes

LA GRANDE HISTOIRE DU PORTO

Vainqueur d’une guerre commerciale entre la France et l’Angleterre

Au Portugal comme dans tout le bassin méditerranéen, on cultive la vigne depuis l’Antiquité, pour manger ses grappes ou vinifier son jus. Les vins portugais sont donc aussi anciens et traditionnels que ceux d’Italie, de Grèce ou de France, même s’il a fallu attendre le Moyen-Age pour qu’on commence à les apprécier hors de leurs frontières. Et la fin du XVIIe siècle pour qu’ils prennent leur véritable essor commercial, grâce aux incessantes batailles que se livraient Anglais et Français. En 1667, Jean-Baptiste Colbert, alors Premier ministre de Louis XIV, décida ainsi d’imposer de nouveaux droits de douanes aux produits anglais. Une mesure protectionniste qui irrita Charles II d’Angleterre, le souverain britannique décrétant en retour un boycott des vins français, dont ses sujets étaient pourtant très friands. Les marchands britanniques délaissèrent alors le port de Bordeaux pour descendre vers Viana do Castelo, sur la côte nord du Portugal, où nombre d’entre eux étaient installés depuis le XIVe siècle, date des premiers accords commerciaux entre les couronnes britanniques et portugaises. Mais c’est Porto, un peu plus au sud, qui prit rapidement l’ascendant comme premier port pinardier du Portugal. Il faut dire que la ville est située à l’embouchure du fleuve Douro, dont la haute vallée abrite les meilleurs vignobles du pays, et qu’il était beaucoup plus rapide d’acheminer le vin par barques jusqu’à Porto plutôt qu’en chariots jusqu’à Viana do Castelo. L’origine de l’appellation « Porto » remonte à cette époque.

Première classification géographique et qualitative

Vinifiés de façon traditionnelle, les vins de Porto supportaient assez mal le voyage en bateau vers l’Angleterre. Dès que le commerce prit son essor entre les deux pays, on prit donc l’habitude de rajouter un peu de brandy dans le vin pour l’empêcher de tourner pendant la traversée. Pour autant, ce n’est pas de cette astuce qu’est né le mutage, une opération à l’origine du caractère spécifique des vins de la vallée du Douro. Elle consiste à rajouter de l’alcool dans les moûts au moment de la fermentation, afin de stopper le processus de transformation des sucres en alcool. Ainsi rectifié, le vin conserve une certaine douceur et un degré d’alcool proche de celui des vins non mutés, entre 13 et 15°. Au contraire des ajouts de brandy pour la conservation et le transport, auxquels on procédait après la fermentation. Au début du XVIIIe siècle, la réputation des Porto était déjà telle que la demande s’emballa et des marchands peu scrupuleux commencèrent d’utiliser tous les subterfuges possibles pour vendre n’importe quelle piquette pour du bon Porto, de sorte que la réputation de ces vins déclina. Jusqu’au coup de génie du marquis de Pombal, Premier ministre portugais, qui lança en 1756, un siècle avant le bordelais, un classement des vignobles et des vins de la vallée du Douro, afin de distinguer les meilleurs et d’en garantir la provenance. C’est lui, aussi, qui inventa le monopole d’Etat sur le négoce des vins et spiritueux, en créant la première compagnie publique en charge d’organiser son commerce sur le marché intérieur et à l’export.  Les règles édictées par le marquis de Pombal sont aujourd’hui considérées comme fondatrices du système des appellations d’origine auquel les européens, Français en tête, restent plus que jamais attachés.

S’améliorer avec le temps

Bien avant que l’on en découvre les vertus dans le vignoble français, les vignerons portugais et leurs clients anglais avaient compris que le vieillissement pouvait améliorer très sensiblement le goût et les arômes d’un vin, pour peu qu’il repose dans de bonnes conditions. Surtout les vins « fortifiés » par mutage, comme commençaient à l’être les Porto à la fin du XVIIIe siècle. L’engouement pour les Porto « Vintage » se manifesta ainsi très rapidement dès la première moitié du XIXe siècle, une période où peu à peu, tous les vignerons de la vallée du Douro finirent par se convertir au mutage, une opération qui donnait des vins plus doux, plus puissants en bouche, plus complexes et plus aptes au vieillissement. D’autant qu’au même moment, les progrès de la verrerie et l’avènement des bouteilles cylindriques à col long permirent de coucher les bouteilles, donc de conserver le vin embouteillé sur de longues périodes, avec un bouchon maintenu humide et hermétique par le contact avec le vin. La légende veut d’ailleurs que la toute première bouteille de vin millésimé soit un Porto produit en 1775 ou 1776, alors que la première bouteille de bordeaux contenant un vin issu d’une seule vendange sortit des chais de Château-Lafite plus de 10 ans après, en 1787.

Un vin global avant l’heure

Le sens aigu des affaires des marchands anglais, firent très vite des vins de Porto un succès planétaire. Dès la première moitié du XIXe siècle, il s’en vend dans tout le Nouveau-Monde, au Brésil, aux Etats-Unis, en Argentine… mais aussi en Russie, en Hollande, en Orient et jusqu’aux lointains comptoirs asiatiques, où il est un classique des soirées cocktail de la bonne société coloniale anglaise. Même la France prospère et distinguée se met au Porto vintage, tandis que les marques d’apéritif à base de vin avec plus ou moins de bonheur le goût et l’aspect du Porto fleurissent aux quatre coins du pays. Mis à mal par l’invasion de phylloxera, à partir des années 1860/1870, les grands domaines de la vallée du Douro, comme la quasi-totalité du vignoble européen, vont avoir du mal à remonter la pente. Ce sera chose faite dès les dernières années du siècle et le Port reprendra dès lors sa marche en avant commerciale, sans être affecté plus que ça par les soubresauts du monde, y compris la Première Guerre Mondiale.  L’entre-deux guerres et l’après-guerre marquent l’ère des premières innovations, avec l’apparition du Porto blanc dans les années 1930, puis celle des « late botlled vintage » dans les années 1960, qui créent une gamme intermédiaire entre les prestigieux vintages classiques et les ruby plus communs. Aujourd’hui, le monde entier boit du Porto.

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