La recontre : Vodka Lab

La rencontre : Vodka Lab | Les Nouveaux Cavistes

Tomasz Szmarowski, Vodka Lab, Paris

 

 Arrivé en France à l’âge de 5 ans, dans les mois qui ont suivi la chute du mur de Berlin, Tomasz Szmarowski fait partie de ces enfants nés derrière le « rideau de fer » que leurs parents ont emmené avec eux, dans leur rêve d’une vie meilleure, vers une deuxième identité, bien française celle-là.

Dans la voix de Tomasz, il y a aujourd’hui plus d’intonations des vieux quartiers de Paris que d’accents entendus du côté de Bialystok, le berceau de la famille Szmarowski, non loin de la frontière russe. Après des débuts difficiles, parents et enfants ont fini par trouver domicile, rue du Chemin-Vert, derrière la mairie du XIe. C’est là, entre Saint-Ambroise et la Roquette, que Tomasz et son frère Rafael, de 3 ans son cadet, ont passé toute leur enfance. Ecole, collège, lycée, puis baccalauréat et enfin études. De business pour Tomasz, de finance pour Rafael, qui découvrent le vaste monde durant leurs études.  Suivent une dizaine d’années à se forger une belle expérience professionnelle avant le retour aux sources, Paris, et Vodka Lab, une boutique qu’ils ouvrent en 2015 au cœur du quartier de leur enfance. Comme une évidence, même si rien n’était prémédité. Explications.

C’est par devoir culturel ou par passion que vous avez créé Vodka Lab ?

Cela s’est fait naturellement, au fil du temps. Depuis notre arrivée en France, nous sommes toujours retournés régulièrement en Pologne voir notre famille. Là-bas, bien sûr, nous avons découvert la vodka et ses rituels, son histoire, puis à ramener des bouteilles en France pour nous et pour faire découvrir à nos amis les différences énormes qu’il peut y avoir entre la vodka industrielle de grande consommation et des produits distillés dans de petites fabriques artisanales ouvertes parfois depuis plusieurs siècles dans l’Est de la Pologne, en Russie, en Biélorussie ou en Ukraine, le long de ce qu’on appelle la « vodka belt » et où se concentre l’essentiel de la production de ces pays, donc de la production mondiale.

C’est ce qui vous a donné l’idée d’en faire votre activité ?

Absolument.  Les vodkas originales que l’on ramenait étaient introuvables en France, même les produits standards les plus connus en Pologne. C’est donc pour faire découvrir des vodkas totalement inconnues en France que nous avons décidé de nous lancer. A l’époque, et aujourd’hui encore, la montée en gamme de la vodka en France reste à faire.

Que proposez-vous de différent ?

Tout. Nous avons fait un énorme travail de sélection dans les pays producteurs et nous proposons aujourd’hui des vodka en provenance de 15 pays différents. Les classiques Pologne, Russie, Ukraine et Biélorussie, mais aussi de Lettonie, de Lituanie, d’Estonie, de Norvège, de Finlande, du Danemark… et même des vodka françaises.

Quelles sont les questions qui reviennent le plus souvent de la part de vos clients à propos de la vodka ?

On nous demande souvent si elle a été inventée par les Polonais ou par les Russes, vu que les deux pays en revendiquent la paternité. C’est pourtant une question que ne sera peut-être jamais tranchée définitivement, puisque de nouveaux documents historiques sont retrouvés régulièrement et rouvrent le débat… sinon, beaucoup de gens sont surpris quand on leur dit que les vodka à base de pomme de terre sont aujourd’hui une infime minorité. Depuis qu’au XIXe, les distillateurs se sont rendus compte qu’avec le même poids en céréales, ils produisaient trois fois plus d’alcool qu’avec la pomme de terre  la plupart se sont mis à distiller du grain pour faire de la vodka. 

A quel point les Français s’intéressent-ils à cet alcool qui est pourtant le plus vendu dans le monde ?

Ils sont comme beaucoup de gens, ils ne connaissent que la vodka industrielle nature qu’ils consomment l’essentiel du temps en cocktail. Une partie connaît quelques références polonaises, aromatisées à l’herbe de bison et originaire de la région où je suis né. Mais ça s’arrête là.

Comment les aidez-vous?

Chez Vodka Lab, nous organisons des visites de la cave, des ateliers de dégustation où nos clients peuvent découvrir nos produits, et une fois par an, pour l’anniversaire de l’ouverture, nous faisons une dégustation à l’aveugle. Et puis nous leur donnons les connaissances de base ; le fait qu’il y ait trois types de vodka – nature, infusée ou aromatisée et vieillie en fût – et que les bases de distillations ne soient pas les mêmes selon les pays, les régions, les distilleries…

De la vodka de garde, c’est original ?

Il s’agit de la survivance d’une vieille tradition polonaise de ma région, qui consistait à enterrer une barrique de vodka distillée pour la naissance d’un enfant et de la déterrer pour son mariage. Le goût pour la vodka vieillie en fût, comme un cognac ou un whisky, vient de là. Et nous en proposons bien sûr chez Vodka Lab.

Avec vous un profil-type de clientèle ?

Principalement d’anciens expatriés ayant vécu en Europe de l’Est, des gens originaires de ces pays et qui vivent en France, mais qui s’intéressent aux produits d’une même famille… il y a de plus en plus de connaisseurs, mais globalement, la vodka reste un alcool à découvrir pour les Français. Nous profitons de la tendance très nette du marché : aujourd’hui, les gens consomment moins, mais mieux. Ils sont plus exigeants.

Pouvez-vous nous donner quelques exemples de bouteilles que vous proposez, une gamme de prix… ?

Même si les goûts de chacun diffèrent, je dirais que les meilleures références ne sont pas forcément les plus chères. On commence à trouver dès 15/20 €. Cela peut ensuite monter à 30, 40, 50… et jusqu’à 150 € la bouteille pour les produits les plus chers que nous ayons. Mais c’est vraiment sur la rareté et l’originalité que nous misons. Nous avons par exemple une vodka dont la distillerie ne sort que 300 bouteilles chaque année. Pas facile à trouver…

D’être devenu caviste en ligne, ça vous a permis de toucher une clientèle différente ?

C’est difficile à dire. Ce que l’on constate surtout, c’est que c’est un élément de fidélisation. Les gens viennent en boutique découvrir les produits et, une fois qu’ils connaissent et sont sûrs de leur choix, ils commandent en ligne. Mais cela nous permet aussi d’élargir notre territoire et de toucher des amateurs partout en France.

Découvrez toutes les vodkas proposées par Vodka Lab ici.